QUI A LA PRIORITÉ : L'ECRITURE OU L'EGLISE ?

 

 

QUI A LA PRIORITÉ : L'ECRITURE OU L'EGLISE ?

 

 

Pour l'Eglise romaine, la cause est entendue. Selon Bellarmin, l'autorité des Ecritures est fondée sur celle de l'Eglise. Les apôtres, auteurs du Nouveau Testament, étaient l’émanation de la hiérarchie de l'Eglise, et l’expression de son autorité. (Un tel raisonnement est à deux tranchants car Marc, Luc, Jacques, peut-être l’auteur des Hébreux, n'étaient pas apôtres). Par conséquent, dit-on, l'Eglise est la maîtresse des Ecritures. Celles-ci ne peuvent être comprises valablement que grâce à l'interprétation et l’explication données par le magistère du clergé (d’où les notes indispensables dans les Bibles catholiques). En outre, l'Eglise complète à son gré les Ecritures en y ajoutant les Apocryphes de l’Ancien Testament (au Concile de Trente, en 1546), et en décidant au même moment que la Tradition, les décisions des Conciles et finalement les décrets du Pape infaillible (dès 1870), constituent une autre source de son enseignement.  

 

Les arguments ne manquent pas pour démontrer tout au contraire la priorité et l’autorité souveraine des Ecritures.  

 

1. L'Eglise évidemment n’a pas produit l’Ancien Testament, et nous voyons à quel point le Christ lui-même, les apôtres et les premiers chrétiens étaient soumis à son autorité.  

 

2. L'Eglise a été suscitée par la Parole de Dieu, que les apôtres prêchaient partout et consignaient en même temps dans le Nouveau Testament (1 Thess. 2.13). Chacun des croyants était régénéré par la parole vivante et permanente de Dieu (1 Pi. 1.25, 25).  

 

3. Une bonne partie du Nouveau Testament établit comment la vie de l'Eglise doit être réglée et entretenue. Les épîtres pastorales de même que 1 Corinthiens et Galates (sans parler des Actes et d’'Apoc. 2-3 !) fixent la constitution de l'Eglise et s’efforcent de corriger certaines déviations déjà apparentes au cours du Ier siècle. C’est ainsi l’autorité de l’Ecriture qui établit l'Eglise et fait connaître ce que cette dernière doit être véritablement. On ne peut donc rendre le Nouveau Testament dépendant de l'institution surgie de ses pages.  

 

4. Pour affirmer sa suprématie, Rome s'appuie à sa manière sur des paroles du Christ. Mais où va-t-elle les chercher, sinon dans les Evangiles, c’est-à-dire une fois encore dans la Bible.  

 

5. L’Ecriture existait avant qu'il y eût des Pères de l'Eglise, des conciles et bien entendu des papes. Les différents livres du Nouveau Testament, écrits au Ier siècle, n’ont été reconnus tous ensemble par les Eglises qu'un certain temps après. Pourtant, dès le début, existait leur inspiration divine, produite par le Seigneur et non par l'Eglise. Celle-ci n’a fait finalement que s’incliner devant l'inspiration des écrits apostoliques. Or, il est clair que l'autorité d’un livre vient de son auteur et non de son gardien ni de son lecteur. Les épîtres de Paul, par exemple, n’ont en aucune manière attendu l’imprimatur de l’Eglise. Dans le texte souvent cité, l’apôtre loue les Thessaloniciens d’avoir reçu son message comme étant véritablement la Parole de Dieu (1 Thess. 2.13). Il ordonne que quiconque n’obéit pas à ce qu’il écrit soit excommunié (2 Thess. 3.14). Il conjure que ses lettres soient portées à la connaissance des frères et des Eglises (1 Thess. 5.27 ; Col. 4.16). Il ose dire aux Galates que si un ange du ciel venait le contredire, il devrait être maudit (Gal. 1.8) !  

 

6. On dit que l'Eglise, ayant formé le canon, a autorité sur l’Ecriture. D’après ce qui précède, pas davantage que le juge n'en a sur la loi reçue des mains du législateur. Ce n’est pas lui qui l’a créée. Après qu’il s’est convaincu de son authenticité, son rôle se borne à la défendre et à la faire appliquer.  

L'Eglise est donc  

 

non la maîtresse, mais la servante de l’Ecriture,  

non la mère, mais la fille  

non l’auteur, mais la lectrice et l'interprète,  

non le juge, mais le témoin et le défenseur du texte sacré.  

 

S’il fallait, en dehors des Ecritures, une autre source d’autorité pour les authentifier et leur donner pouvoir sur nous, cette autre source elle-même n’aurait-elle pas besoin d’une confirmation, et ainsi de suite à l'infini ? Il en est de même pour ceux qui ne sont pas satisfaits de la naissance miraculeuse du Christ. Ils inventent l’immaculée conception de Marie (qui pourtant a été graciée et appelle Dieu son Sauveur, Luc 1.30, 47), sans se rendre compte, comme on l’a dit, que dans ce cas sa grand-mère, son arrière-grand-mère et toute la lignée précédente devraient aussi avoir été conçues sans péché.  

 

7. L'Ecriture a été produite par des hommes directement inspirés de Dieu. C’est lui, et non pas l'Eglise, qui leur a donné cette inspiration ; par conséquent, c’est de lui que procède leur autorité, pleinement suffisante pour asseoir notre foi. Aussi Paul déclare-t-il que l’Eglise a été édifiée « sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire » (Eph. 2.20). Être absolument sûrs de l’origine apostolique des écrits considérés, telle était en somme l’unique préoccupation de ceux qui se sont mis d’accord sur la constitution du canon.

  

8. Toute autorité divine s’exerçant sur la terre doit être digne du Seigneur, c’est-à-dire stable et infaillible. Telle était celle de la théocratie en Israël, de Jésus dans les Evangiles, des apôtres lorsqu'ils rédigeaient le Nouveau Testament. Mais Pierre lui-même devient un jour répréhensible, et mérite le reproche d’hypocrisie et de dissimulation (Gal. 2.11-14). Paul, de son côté, se sépare de Barnabas et de Marc après un vif dissentiment (Act. 15.37-39). Plus tard, probablement à cause de sa mauvaise vue, il se trompe sur l'identité du souverain sacrificateur (23.2-5). Les épîtres pastorales, la 2ème de Pierre, la 2ème de Jean, celle de Jude, Apoc. 2-3, montrent combien rapidement de faux prophètes et de faux docteurs ont dans certains cas usurpé l’autorité dans l'Eglise. Cet état de choses n’a fait qu'empirer au cours des siècles : les Pères de l'Eglise ont émis les opinions les plus contradictoires ; et l’on a vu des papes absolument indignes et des chefs religieux (protestants aussi, même aujourd’hui) tout à fait incrédules. Des persécutions, des guerres monstrueuses ont été ordonnées par les autorités ecclésiastiques, de très nombreux conciles se sont contredits et les dogmes tirés de la Tradition se sont toujours plus éloignés de l'Evangile. Selon la prophétie, l’apostasie finira même par l'emporter dans le monde prétendu religieux, pour aboutir à la fausse Église, Babylone (2 Thess. 2.3-12 ; 1 Tim, 4:1 ; 2 Tim. 4.3-4 : Apoc. 17).  

Prévoyant la désobéissance et la décadence d'Israël, Dieu avait fait placer dans le sanctuaire le livre de la loi comme étalon et témoin incorruptible du comportement du peuple (De. 31.24-27). Nous avons la conviction que toute l’Ecriture inspirée, seule autorité immuable, a été placée de la même manière aux côtés de l'Eglise toujours tentée de s’endormir, de dévier et de devenir infidèle. Comme nous l'avons déjà vu, l’Ecriture est toujours là, non seulement comme une norme révélant toute désobéissance, mais comme un phare indiquant le droit chemin et une source inépuisable de vie, de réveil et de sanctification.

 

René PACHE 

 

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